Ratée… mais pourquoi ?

Paris, 9 février 2019. Acte XIII des Gilets Jaunes. Des policiers défendent l’accès à l’Assemblée Nationale. Ils tirent une grenade lacrymogène dans la foule dense, qui ne peut se disperser que sur les côtés, car le pont en face est bloqué par les forces de l’ordre.

Nous venons d’arriver devant l’Assemblée Nationale (je suis en fin de cortège). Le cortège est fermé par une double rangée de camions de gendarmes mobiles,  à 50m sur la droite de l’image. Derrière moi, le parapet du quai de la Seine. Sur ma gauche (arrière) le pont est également bloqué par des forces de l’ordre qui ne laissent passer personne. Seule issue : la gauche… là où se trouve une foule dense, le gros du cortège.

Sentant que la situation se tend, j’enfile mes protections (masque à gaz, lunettes de plongée et casque de snowboard). Les CRS chargés de la sécurité de l’AN sont violemment pris à partie par des manifestants qui lancent des pierres et des bouteilles, s’en prennent aux palissades de chantier devant le monument.

La scène est parfaite, mais se déroule trop vite : une petite unité de policiers se glisse devant la palissade sur laquelle on peut voir une photo de l’hémicycle, symbole-même de notre démocratie, maculée de peinture jaune. J’aurais aimé capter cet instant d’un peu plus près avec un cadrage plus serré. D’autant que j’ai déclenché exactement au moment où une grenade est tirée (c’est la gélule blanche barrée de rouge au-dessus des policiers)…

Parfois, on rêve des photos que l’on n’a pas pu prendre. Et là je ne pouvais pas rectifier le tir : quelques secondes plus tard nous sommes littéralement enfumés. Et comme je transpire, mon masque à gaz glisse sur mon nez et mes lunettes sont embuées… je ne peux rester sur place et prendre tranquillement des photos.

Ce moment de tension et de danger, de part et d’autre, correspond d’ailleurs à la blessure grave (une main arrachée par une grenade de désencerclement) qui a marqué l’Acte XIII à quelques mètres devant moi sur la droite.