Relooking social

La manifestation du 19 avril 2018 a soufflé un vent de fraîcheur sur Strasbourg. Peu nombreux au départ place de la gare, les manifestants ont vu grossir leurs rangs au fur et mesure du cortège pour atteindre au plus fort près de 5 000 personnes. Ce qui est tout à fait raisonnable à Strasbourg.

Comme souvent lors de ces rassemblements rituels, la sono du camion CGT couvre les discussions et les slogans, amenant une ambiance de fête foraine : on avait bien quelques fumigènes, il ne manquait plus que l’odeur des grillades pour s’y croire réellement. Si le ton est populaire et jovial, l’impression d’ensemble est somme toute un peu carricaturale et… résignée. Les défilés se ressemblent et l’on peine à imaginer que ce mouvement tienne dans la durée face à la détermination du gouvernement. Pourtant tout le monde est là : les cheminots, la santé, l’éducation, les avocats — impressionnants dans leurs robes noires ! —, les anti-GCO, les retraités, les féministes… et les étudiants !

Arrivés après le démarrage de la manifestation unitaire, ils prennent la tête du cortège et nous chantent une tout autre chanson. Ils scandent, ils brandissent des banderolles créatives, ils sont, avec les lycéens, près d’un millier et dégagent une énergie que la suite du cortège n’incarne plus. Force est de constater que, s’ils tiennent encore quelques semaines, malgré le jeu ambigû de la présidence de l’université qui divise le corps étudiant, avec le soutien des grévistes (comme à Marseille par exemple), leur cortège barriolé, grimé et vivant pourrait bien redonner du coeur à la lutte à de nombreux électeurs déçus du macronisme et qui commencent à mesurer les conséquences de leur vote utile d’il y a un an…

Il fait beau, il fait chaud et l’appel des terrasses des cafés tout au long du parcours aura raison d’un cortège pourtant nombreux : à la fin, seuls les deux tiers des manifestants se retrouvent place Broglie. Qu’à cela ne tienne, le mois de mai n’est pas encore arrivé.